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Monde de Stars

Cet hommage de Philippe-Audrey Larrue St-Jacques à Karl Tremblay fait énormément réagir

Le chanteur des Cowboys Fringants s'est éteint alors qu'il n'avait que 47 ans

Cimon Asselin

C'est un Québec en entier qui est en deuil depuis l'annonce du décès de Karl Tremblay mercredi dernier. Sur Facebook, Philippe-Audrey Larrue St-Jacques a rendu un hommage magnifique à Karl Tremblay et aux Cowboys Fringants alors qu'il a notamment eu la chance de chanter Les étoiles filantes avec eux sur scène il y a quelques années.


Karl Tremblay n'est plus. Il a rendu l'âme après un long combat contre un cancer de la prostate alors qu'il n'avait seulement que 47 ans. 

Sur Facebook, Philippe-Audrey Larrue St-Jacques a rendu hommage au chanteur et son groupe avec le message suivant : 


Bonjour Les Cowboys Fringants,

À la fin d’un après-midi d’été 2002, dans un rang de St-Gabriel-de-Brandon, mon presque grand-frère doit quitter plus tôt. J’étais déçu qu’il parte plus tôt. C’était le grand-frère qui te fait découvrir tous les autres mondes que tu n’auras jamais l’audace de découvrir. Des artistes conceptuels irlandais. Des bands électros égyptiens. Des films allemands. Chaque soirées passée avec lui offrait une découverte excitante. Ce soir-là, il était un peu plus fébrile qu’à l’habitude. Avant de rentrer à Montréal, il irait rejoindre des amis dans un bar de Berthierville pour un concert.


- Tu vas voir qui?
- Les Cowboys Fringants!!!

Je me souviens de mon étonnement amusé. Les quoi??? De nouveaux fournisseurs de chansons «comiques» qui infectaient les radios chaque été? Ça ne pouvait pas être sérieux. Avec un tel nom, comment prédire une longue vie?


C’est la première fois que j’ai entendu votre nom. Moi à l’époque, c’était Eminem, Wu-Tang, 2001. Leurs paroles étaient incompréhensibles, les thèmes lointains mais c’était ce qu’il fallait écouter. J’étudiais dans une reproduction bourgeoise de Poudlard qui formait les «fils et files de…» surtout ceux qui dirigent le Québec. Peut-être parce que nous voulions surpasser nos parents, peut-être aussi parce qu’en tant qu'«élite de demain» nous avions le devoir d’être plus préoccupés par le monde que par le Québec.


La culture québécoise, son identité, sa langue on n’avait pas le temps de s’y intéresser. On effacerait ses traces une réussite à la fois. Et la musique québécoise existait mais c’était surtout pour s’en moquer.
J’aurais dû vous oublier.


Néanmoins, l’été d'après, de le même rang de St-Gabriel, le même grand-frère, m’invite à aller louer un film (poche) de poursuites d’auto (sûrement). Aussitôt la clé dans le contact: une note. La bonne. La meilleure même. L’accordéon de Toune d’automne. Aussitôt, il pèse violemment sur «skip». Le hasard et mon bonheur ont fait que, pour être romantique, il avait fait écouter Toune d’automne et voulu embrasser celui qu’il espérait appeler «mon chum». Ce n’était pas votre faute. C’était à cause de 2003 et son époque.


Aussitôt «skip» pesé, une autre note. Électrisante. Les violons de Heavy Metal. Puis les paroles. Je reconnais des mots, des référents et une syntaxe que je connais. J’entends des images, «Le crucifix dans le shaggy/ La strap dans poulie» qui me décrochent un sourire. C’était un de ces quelques moments définitifs qui nous happent à l’adolescence. J’ai demandé à mon frère c’était quoi ça? C’était donc ben drôle!


- C’est les Cowboys Fringants
- Hein????


J’ai passé l’année à ne pas vous avoir vus sur les couvertures de Voir dans le métro, dans les tops-peu-importe de MusiquePlus ou vous entendre dans la radio que j’écoutais. Non seulement existiez-vous malgré cette absence mais, en plus, vous veniez de m’accrocher.


J’ai écouté le reste de l’album, chose que je peinais habituellement à faire. J’ai été impressionné par le jeu de mot final de la Tête à Papineau. Je n’étais pas né dans les années 70, dans un Québec en plein changement mais je reconnaissais leur Québec moderne. Cet album était un break de ma vie ou je pouvais rire du futur loser que je croisais tous les jours à l’école. Vous m’offriez l’ultime luxe que ne pouvaient m’offrir 50Cent, Eminem, Outkast. Vous racontiez mon monde. En tout cas, celui dans lequel je vivais et qui me rendait heureux.


Même Ron, mon Ron, avait sa chanson! Ron… pilier de mon apaisement depuis l’âge de 9 ans. Vous aussi connaissiez et aimiez Ron! Vous aussi trouviez qu’il méritait un hommage. C’est d’ailleurs la première fois que je vous ai entendus à la radio «Après la pause, je vais vous faire écouter quelque chose… quelque chose de IN!» avait dit Ron. Comme avec la révélation exclusive de l’arrivée de Kovalev, il n’avait pas menti!


En échange d’un vieux casque de ski-doo que vous auriez aimé, mon presque grand-frère m’a offert votre album. Quelques semaines plus tard, il m’a prêté sans jamais le réclamer, Môtel Capri et Douze grandes chansons… sur mon canapé. C’est tellement fort et rare un moment pareil. Le moment où tu découvres TON band.


Jusqu’à Break Syndical, j’essayais d’être ce qu’on me faisait croire que je pouvais être. J’avais beau le nier, mon monde n’était pas la réussite internationale et la relève de l’élite. Mon monde c’était vos mots, vos blagues, votre regard. Certains portent les chandails de leur band pour garder un morceau près d’eux. L’uniforme de mon école m’en privait. J’ai parcouru la ville à la recherche d’Adidas Gazelle que j’ai portées pendant 10 ans et je me suis fait pousser une splendide coupe Longueuil; Heavy Metal a frappé très fort. À défaut de pouvoir porter vos t-shirts, je voulais vivre dans vos chansons.


Mais ce n’était pas assez! Mon père a fini par trouver la vieille guitare de quelqu’un, quelque part. Aussitôt, dans l’hasardeux internet de 2003, j’ai cherché les accords de Toune d’automne… J’étais trop poche pour les maîtriser et j’ai compris que la musique et moi resterions étrangers. Mais, aujourd’hui encore, dès que je vois une guitare, je joue les quatre seuls accords que je maîtrise (toujours pas vraiment): G/Em/C/D


Avant Break Syndical, avant vous, j’étais Français, du West-Island, de passage ici. Vous m’avez appris à me définir comme Québécois. À en être fier. À aimer ce qu'était le Québec. À vouloir l’enrichir et le protéger. Je vous en serai éternellement reconnaissant.


Tour à tour, j’ai été le Ti-Cul qui s’accrochait à son rêve d’être accepté dans un Conservatoire, j’ai craint les maisons toutes pareilles, j’ai admis que la vérité tient parfois à quelques mots d’une chanson naïve.


Je fais partie des milliers de gens qui vous ont choisi comme premier concert, qui ont puisé au fond de leurs économies pour retourner vous voir plus souvent que n’importe quel autre groupe de la planète. La douleur de penser qu’il y a eu une dernière fois est difficile à accepter. Les prochaines années serviront à réaliser la chance que j’ai eue de vous aimer.


Il y a quelques années, vous m’avez invité à animer l’un de vos concerts. Je me souviens de mon stress, de la boule au ventre. Je me souviens du souper après. Je me souviens que vous m’avez invité sur scène à chanter Les Étoiles filantes avec vous. Je ne me souviens pas si j’ai bien chanté (assurément pas) mais me souviens surtout de sentir la boule monter de l'estomac à la gorge et des yeux trempés. À ce moment, moi qui a passé ma vie à essayer de savoir ce que je pouvais faire pour être à la bonne place et heureux, à ce moment-là, alors que Karl tordait le pied de micro, j’ai eu la certitude d’avoir fait au moins quelques bons choix dans ma vie.


J’étais à une place que je n'aurais jamais osé rêver trouver.
J’étais entre vous et parmi de ceux qui vous aiment.
Merci pour tout
Merci Karl.



Un message magnifique ! Bravo Philippe-Audrey pour texte très touchant. 


Si vous l'avez peut-être manqué dans les dernières heures, la médecin oncologue de Karl Tremblay a publié un texte à la fois si triste, bouleversant et magnifique avec Le Devoir. Elle nous dévoile de nouveaux détails concernant la maladie du chanteur des Cowboys Fringants, qui était atteint d'un cancer de la prostate depuis quatre ans. Pour lire son touchant message, cliquez ICI

 
Voyez sa publication plus bas : 

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