
Plusieurs détails font écho à des faits bien réels
La série Antigang continue de faire couler beaucoup d’encre depuis son arrivée à l’écran. Cette fiction policière, écrite par Nadine Bismuth, plonge le public au cœur d’une escouade spéciale formée de policiers provenant de divers corps, unis pour affronter le crime organisé.
Si plusieurs croyaient à une pure invention scénaristique, il s’avère que l’intrigue s’inspire bel et bien d’événements réels survenus au Québec.
L’histoire met en scène un réseau de blanchiment d’argent complexe qui transite notamment par un salon de coiffure, celui tenu par Fanny (interprétée par Léane Labrèche-Dor), la conjointe du criminel Denis Marchand (Sébastien Ricard).
Ce lieu apparemment banal sert de façade à des opérations financières d’une ampleur considérable. Selon Luc Dionne qui collabore dans la série, plusieurs éléments de cette trame sont directement inspirés d’un véritable dossier policier : le projet Océan, une composante majeure de l’opération Printemps 2001, qui visait à démanteler le système de financement des Nomads, la faction des Hells Angels dirigée à l’époque par Mom Boucher.

Dans une entrevue accordée à La Presse, Luc Dionne a expliqué que certaines scènes d’Antigang, notamment celles montrant le transport de sommes colossales dans des véhicules blindés vers des appartements, font écho à des faits bien réels.

Il raconte qu’à l’époque, dans un appartement servant de repaire aux motards, deux grandes tables étaient constamment couvertes de billets, et que les machines à compter l’argent tournaient jour et nuit. Les trafiquants pouvaient accumuler jusqu’à six ou sept millions de dollars par jour, un chiffre qui donne la mesure du commerce de la drogue au Québec dans les années 2000.
Les fameuses poches de hockey remplies de billets, qu’on aperçoit dans la série, sont d’ailleurs une référence directe à ce que les enquêteurs surnommaient les « redevances de 10 % », un système où chaque membre du réseau devait remettre une portion de ses profits au clan supérieur. Ces détails, d’apparence invraisemblable, sont pourtant tirés de faits véridiques.
La série met également en lumière une autre méthode de blanchiment fréquemment utilisée par le crime organisé : les guichets automatiques privés. Contrairement à ceux des banques officielles, ces appareils échappent à une partie du contrôle financier habituel et servent souvent à recycler de l’argent sale.

Dans Antigang, on en aperçoit un dans le salon de coiffure de Fanny, où la propriétaire s’en sert aussi pour déposer discrètement des fonds. Ces dépôts, combinés à des investissements gérés par un conseiller financier, lui permettent de constituer ses propres réserves, qu’elle cache dans un coffre dissimulé dans l’arrière-boutique de son commerce.
En mêlant ainsi fiction et réalité, Luc Dionne et Nadine Bismuth réussissent à créer une série à la fois haletante et ancrée dans la vérité du terrain.
Antigang ne se contente pas de raconter une histoire de flics et de bandits : elle expose, avec un réalisme saisissant, les rouages économiques du crime organisé au Québec, tout en rendant hommage au travail des enquêteurs qui, dans l’ombre, ont réellement contribué à faire tomber ces réseaux tentaculaires.
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