
" Ça, ça me met bien de bonne humeur "
De passage à l’émission Deux hommes en or et Rosalie, Guy A. Lepage s’est prêté au jeu de l’entrevue avec une franchise désarmante. L’animateur de Tout le monde en parle a répondu à plusieurs questions sur son rôle, son influence et les responsabilités qui viennent avec le fait d’animer l’une des tribunes les plus puissantes du paysage médiatique québécois.
Rapidement, la discussion a pris une tournure plus philosophique. Rosalie Bonenfant a cherché à comprendre jusqu’où va la responsabilité d’un animateur lorsqu’il invite des personnalités controversées. Guy A. Lepage n’a pas hésité à tracer une ligne claire entre l’accueil qu’il réserve à ses invités et les propos qu’ils choisissent eux-mêmes de tenir.

Selon Guy A. Lepage, recevoir quelqu’un à la télévision revient un peu à l’accueillir chez soi. Il se sent responsable de créer un cadre respectueux, d’offrir une tribune équitable et de mener la discussion avec rigueur. En revanche, il estime qu’un animateur ne peut pas porter sur ses épaules les dérapages verbaux ou idéologiques de ses invités.
Il rappelle que lorsqu’une personnalité publique accepte de venir à Tout le monde en parle, elle est pleinement consciente de la portée de l’émission. C’est une décision réfléchie, qui implique des risques. Si la personne se discrédite par ses propres paroles, cela lui appartient entièrement.
Un autre point central abordé durant l’échange concerne l’équilibre entre ouverture au débat et approbation implicite. Guy A. Lepage a été catégorique : inviter quelqu’un ne signifie pas endosser ses propos. À ses yeux, si une émission ne recevait que des gens partageant la même vision du monde que l’animateur, elle s’essoufflerait très rapidement.
Il défend l’idée que le débat public gagne à exposer des idées divergentes, même dérangeantes. Le public est capable de juger par lui-même, surtout lorsque les échanges sont encadrés par des questions solides et des contrepoints bien articulés.

C’est à ce moment précis que Guy A. Lepage a lancé la phrase qui a retenu toute l’attention. Il explique que, dans certains cas, la meilleure façon de gérer un invité controversé n’est pas de le confronter sans relâche, mais plutôt de le laisser exposer sa pensée jusqu’au bout. Selon lui, il arrive que le simple fait de laisser quelqu’un expliquer longuement son idéologie suffise à en révéler les failles.
Dans ces situations, l’animateur n’a presque plus besoin d’intervenir. Le malaise s’installe de lui-même, et le public comprend rapidement ce qui se joue. Guy A. Lepage admet même que ce genre de moment peut lui donner un certain sentiment de satisfaction professionnelle, puisqu’il estime alors que le travail est fait sans qu’il ait à en rajouter.
" S'ils sont en train de se caler. Tu sais, moi, je suis un réalisateur dans la vie. Si je fais un gros plan sur toi, puis tu es en train d'expliquer pourquoi tu es comme ça, mettons masculiniste, tu as l'air d'un cri** de cave. Tu es content. J'ai pas d'autres questions à te poser. Tu es content. On va passer à l'autre sujet. Ça, ça me met bien de bonne humeur. "
Sans le nommer directement au départ, Guy A. Lepage faisait clairement référence à Julien Bournival. Ce dernier avait été invité à l’automne 2024 lors d’un segment consacré au documentaire Alphas, aux côtés du réalisateur Simon Coutu et du politologue Francis Dupuis-Déri.
Ce segment avait rapidement pris des allures de confrontation idéologique. Dès le début, Julien Bournival s’était montré sur la défensive, adoptant un ton combatif et parfois agressif. Les échanges avec Francis Dupuis-Déri, mais aussi avec Guy A. Lepage et Véronique Cloutier, invitée ce soir-là, avaient été particulièrement tendus.
Voyez la séquence ci-dessous :
Le segment consacré à Alphas a marqué les esprits. Plusieurs téléspectateurs ont parlé d’un choc de valeurs frontal, comme on en voit rarement à la télévision québécoise. D’un côté, une vision très conservatrice et polarisante de la masculinité. De l’autre, une approche universitaire et nuancée des enjeux sociaux liés au genre.
Sur les réseaux sociaux, les réactions ont été immédiates et massives. Beaucoup ont estimé que Julien Bournival s’était lui-même mis dans une position délicate par son attitude et ses propos. Les critiques ont largement dominé, soulignant l’écart entre les différentes visions du monde mises en scène sur le plateau.

Dans les jours suivants, plusieurs personnalités publiques ont commenté le segment, dont Olivier Bernard, mieux connu sous le nom du Pharmachien. Sa publication sur Instagram, largement partagée, a contribué à prolonger le débat et à cristalliser les réactions autour de cette confrontation télévisuelle.
Pour plusieurs observateurs, ce moment de télévision illustrait parfaitement ce que Guy A. Lepage décrivait à Deux hommes en or : parfois, offrir une tribune ne fait que mettre en lumière les limites d’un discours. Sans censure, sans montage biaisé, simplement en laissant les gens parler.
Au final, l’intervention de Guy A. Lepage rappelle que le rôle d’un animateur n’est pas de protéger ses invités d’eux-mêmes, mais de créer un espace où les idées peuvent être exposées, questionnées et confrontées. Quitte à ce que certains repartent avec une image écornée.
Dans un contexte médiatique où la polarisation est de plus en plus forte, cette approche continue de susciter des débats. Mais une chose est certaine : Guy A. Lepage assume pleinement sa façon de faire, convaincu que le public est capable de voir clair… surtout quand quelqu’un se plante tout seul.
Recevez les dernières nouvelles directement dans votre boîte de réception.