Sébastien Delorme dans Indéfendable et Sébastien Ricard dans Antigang
Sébastien Delorme dans Indéfendable et Sébastien Ricard dans Antigang / TVA - Radio-Canada
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Voici comment sont réellement calculées les cotes d'écoute des émissions de télévision

Il y a une faille majeure dans ce procédé...

Esad Avdic

Esad Avdic

Est-ce que vous vous êtes toujours demandé comment sont comptabilisées les fameuses cotes d'écoute des émissions de télé? Si oui, Mounir Kaddouri, mieux connu sous le pseudonyme Maire de Laval, frappe fort avec son tout nouveau documentaire dans lequel il explique le processus, produit en collaboration avec l'Office national du film du Canada, dans Après moi le déluge, le créateur de contenu plonge tête première dans une question qui agite l'industrie culturelle québécoise : pourquoi les jeunes ont-ils tourné le dos aux médias traditionnels? Et surtout, est-ce vraiment eux qui sont partis, ou est-ce l'industrie qui les a abandonnés? Au cœur de cette enquête fascinante se trouve un sujet méconnu du grand public mais absolument crucial : le fonctionnement des cotes d'écoute Numeris, ce système opaque qui détermine le succès ou l'échec d'une émission de télévision au pays.

Comment fonctionne réellement le système Numeris

Peu de gens savent exactement comment sont calculées les fameuses cotes d'écoute qui dictent les décisions de programmation au Canada. Numeris est un organisme à but non lucratif dont la gouvernance repose sur un conseil d'administration formé de représentants des diffuseurs, des agences publicitaires et des annonceurs. Son fonctionnement repose sur un mécanisme qui pourrait surprendre bien des téléspectateurs.

Mounir Kaddouri
Mounir Kaddouri / Capture d'écran YouTube

Le système s'appuie sur un échantillon d'environ 11 000 individus répartis à travers le Canada, dont seulement un millier se trouvent au Québec. Ces participants sélectionnés portent quotidiennement un petit dispositif électronique surnommé « pager », un audimètre portatif, qui capte automatiquement les signaux sonores des médias auxquels ils sont exposés au fil de la journée. Que la personne entre dans une pharmacie où la radio joue, qu'elle monte dans sa voiture ou qu'elle allume son téléviseur à la maison, l'appareil enregistre tout.

L'échantillon est constitué de manière à représenter fidèlement l'ensemble de la population canadienne. Les données récoltées auprès de ces quelques milliers de panélistes sont ensuite extrapolées à l'aide de formules mathématiques pour produire des estimations d'auditoire à grande échelle. C'est ainsi qu'on arrive à des chiffres comme 1 312 000 téléspectateurs pour une émission donnée. Numeris offre des compensations aux participants pour les inciter à rester dans le panel, mais jamais pour les pousser à consommer davantage de contenu médiatique.

Catherine Malo, VP principale, Stratégie et solutions clients, Marketing et communications de Numéris
Catherine Malo de Numéris / Capture d'écran YouTube

La méthodologie est présentée comme scientifiquement rigoureuse et validée. Toutefois, et c'est là que le bât blesse, il ne s'agit pas d'un décompte réel comme celui qu'offrent les plateformes numériques. Contrairement à YouTube, où chaque visionnement est comptabilisé individuellement et affiché de manière transparente sous chaque vidéo, les cotes d'écoute télévisées demeurent fondamentalement une estimation statistique. Ce système a été conçu avant tout comme un outil commercial destiné à faciliter la vente d'espaces publicitaires.

Le documentaire de Mounir soulève des critiques importantes envers cette méthodologie. Le système peine à s'adapter à la fragmentation des habitudes de consommation qu'entraînent les nouvelles technologies et les plateformes de diffusion en continu comme Netflix ou Disney+, lesquelles possèdent leurs propres données internes pour gérer la publicité. Plus troublant encore, Numeris affirme que la télévision linéaire représenterait toujours 60 % du temps vidéo des 18-34 ans : un chiffre que Mounir et plusieurs intervenants du documentaire trouvent franchement difficile à avaler.

Un fossé culturel qui ne cesse de se creuser

Au-delà de la question technique des cotes d'écoute, Après moi le déluge dresse un portrait saisissant de la rupture entre l'industrie culturelle québécoise et la génération Z. À travers des rencontres dans les cégeps, Mounir constate que la grande majorité des jeunes ne regardent tout simplement plus la télévision traditionnelle. Les raisons évoquées sont multiples : un manque de représentation, un contenu perçu comme peu audacieux et une accessibilité déficiente.

Le documentaire retrace également l'âge d'or de la télévision jeunesse au Québec, c'est-à-dire l'époque de Canal Famille et de Vrak TV, pour mieux comprendre comment les décisions réglementaires du CRTC et l'arrivée massive des plateformes internationales ont déstabilisé le modèle économique local. En parallèle, Mounir met en lumière l'émergence de créateurs web québécois comme Shahin West et son amie Aly Brassard, qui parviennent à rassembler des centaines de milliers de jeunes sans jamais passer par les canaux traditionnels.

Aly Brassard et Shahin West
Aly Brassard et Shahin West / Capture d'écran YouTube

Le film rappelle aussi le rôle historique fondamental qu'a joué la télévision comme vecteur d'intégration pour les communautés immigrantes et comme outil de développement culturel unique pour les francophones d'Amérique. La résistance au changement des diffuseurs et des agences de publicité est pointée du doigt, tout comme les obstacles que rencontrent les jeunes créateurs lorsqu'ils tentent d'imposer leur authenticité, notamment l'usage du slang montréalais, dans les structures rigides de la télévision conventionnelle.

Ce projet documentaire pensé spécifiquement pour YouTube fait partie de la série ON FILME de l'ONF, qui propose trois regards distincts sur des enjeux contemporains. Le message de Mounir est limpide : les jeunes n'ont pas déserté la culture québécoise. Ils sont simplement ailleurs, sur d'autres plateformes, et ils ont énormément de choses à dire. Le désir de culture demeure bien vivant, mais les modes de création et de diffusion doivent se réinventer de fond en comble pour redevenir un espace véritablement rassembleur. On vous invite fortement à visionner le premier épisode:

Bonne écoute sur YouTube... une écoute qui sera comptabilisée précisemment!

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À propos de l'auteur

Esad Avdic
Esad Avdic

Directeur du contenu numérique

Passionné de culture québécoise et véritable mangeur en série d'émissions de télé et de sports en tout genre, il combine ses talents en écriture ainsi que son immense créativité dans ses articles, le tout en apportant une touche humoristique bien à lui. Prenant un immense plaisir à tenter de deviner ce qui nous attends dans la suite d'Antigang ou Indéfendable, il partage avec passion les idées qui germent dans son esprit avec les lecteurs. Diplômé d’arts et lettres au Cégep de Limoilou ainsi que d’intégration multimédia au Cégep de Sainte-Foy, il combine ses deux passions, soit l'écriture et les divers médias numériques, en une seule: soit dans la rédaction d’articles en ligne pour plusieurs sites du groupe d’Attraction Numérique.

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Cet article pourrait avoir été rédigé à l'aide de certains outils d'IA.

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