
Sylvain Parent-Bédard s'exprime pour la première fois sur la controverse Julien Lacroix chez Juste pour rire
Le grand patron de Juste pour rire s'exprime pour la première fois sur l'affaire qui a secoué l'industrie
Deux mois après la tempête provoquée par l'annonce puis l'annulation rapide d'une association entre Juste pour rire et l'humoriste Julien Lacroix, le président du groupe, Sylvain Parent-Bédard, a finalement accepté de prendre la parole publiquement. Celui qui dirige l'empire de l'humour depuis l'acquisition des actifs de Juste pour rire par ComédiHa! reconnaît avoir commis une erreur et assume l'entière responsabilité de la décision qui a provoqué une onde de choc dans le milieu culturel québécois. C'est la toute première fois que le grand patron s'exprime sur cette controverse, et il le fait avec une émotion palpable.
Rappelons que le 12 mars dernier, le public apprenait que Juste pour rire allait produire le nouveau spectacle de Julien Lacroix, un humoriste qui s'était retiré de la scène publique en 2020 après avoir été visé par des allégations d'agressions et d'inconduites sexuelles. L'annonce avait immédiatement suscité une vague de réactions négatives au sein de l'industrie et du public. Vingt-quatre heures plus tard, l'entente était annulée.
Un mea culpa sans détour pour Sylvain Parent-Bédard
Sylvain Parent-Bédard ne cherche pas à minimiser ce qui s'est passé. Il admet en entrevue avec La Presse que c'est Julien Lacroix qui s'est tourné vers son organisation, mais que la décision finale lui revient entièrement. Selon lui, l'intention derrière ce choix se voulait noble, celle d'offrir une seconde chance, mais l'analyse qui a mené à cette décision était incomplète et comportait des angles morts importants. Il reconnaît aujourd'hui que ce n'est ni à lui ni à Juste pour rire de déterminer si une personne peut être réhabilitée ou non.
Le patron du groupe admet également avoir insuffisamment consulté les gens de son industrie avant de prendre cette décision. Des signaux d'alerte avaient pourtant été soulevés, mais il n'a pas regardé dans la bonne direction. Il confie avoir mal compris son industrie et mal évalué les risques associés à cette annonce.

La réaction du milieu a été vive. Parent-Bédard parle de colère, d'incompréhension et d'un sentiment de trahison de la part de nombreux membres de ce qu'il appelle sa famille élargie de l'humour. Des blessures encore bien présentes au sein de la communauté culturelle et de la société ont été ravivées par cette décision. Le dirigeant admet avoir déçu profondément les gens de son milieu, un constat qu'il exprime avec difficulté et une voix chargée d'émotion.
Après avoir annulé l'entente, il a consacré six ou sept jours complets, du matin au soir, à communiquer personnellement avec plus d'une centaine d'humoristes, de producteurs et de gérants. Il a aussi organisé des rencontres avec un nombre important d'agents d'artistes pour comprendre l'ampleur du malaise. Ces échanges lui ont permis de réaliser qu'il avait perdu le pouls de son industrie, en partie parce que ses nombreux déplacements depuis l'acquisition de Juste pour rire l'avaient éloigné du terrain.
Des engagements concrets pour l'avenir
Plutôt que de tourner la page rapidement, Sylvain Parent-Bédard affirme vouloir transformer cette crise en levier de changement durable. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle il a gardé le silence pendant près de huit semaines avant de s'exprimer publiquement. Il souhaitait prendre du recul et ne pas agir dans l'urgence.
L'un des constats majeurs qui ressort de ses discussions avec le milieu est un manque criant d'outils pour faire face aux situations impliquant des allégations, des dénonciations, des rumeurs ou des demandes de réintégration. Parent-Bédard estime que l'industrie culturelle, et particulièrement celle de l'humour, est mal équipée pour naviguer dans ces eaux sensibles.
Pour y remédier, il a entamé des discussions avec plusieurs organismes qui viennent en aide aux victimes de violence et d'abus de pouvoir. Il a notamment rencontré les représentants de Jarvis, une entreprise spécialisée dans la lutte contre l'incivilité dans le milieu culturel, ainsi que ceux de Lueur, un organisme qui intervient lors d'événements publics pour assurer des environnements sécuritaires. Le groupe réfléchit également à la création d'un fonds Juste pour rire destiné à soutenir des organismes qui oeuvrent auprès des victimes.
Parent-Bédard insiste sur le fait que son organisation ne cherche pas à établir des critères de réhabilitation comme le font certains codes d'éthique existants. Il considère plutôt que la question est de savoir si et quand on peut appuyer un créateur, une décision qui devrait relever d'experts indépendants et non d'un seul dirigeant.
Interrogé sur d'éventuels projets avec d'autres personnalités controversées comme Maripier Morin ou Éric Lapointe, il a refusé de commenter des dossiers individuels, tout en confirmant que le regard posé sur les projets soumis a fondamentalement changé depuis le 12 mars. Il assure toutefois que cette prudence accrue ne mènera pas à de la censure, affirmant qu'on peut rire de tout, mais qu'il faut le faire de manière responsable.

Quant à Julien Lacroix, Sylvain Parent-Bédard confirme lui avoir reparlé à quelques reprises depuis les événements, mais refuse de s'exprimer en son nom. L'humoriste a annoncé son retrait de la vie publique pour se consacrer à sa famille, une décision que le patron de Juste pour rire dit respecter.
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Cet article pourrait avoir été rédigé à l'aide de certains outils d'IA.