
Les sœurs Ferron reviennent pour une rare fois sur leur départ de La Maison Lavande
Marjolaine et Florence Ferron lèvent le voile sur les raisons de leur rupture avec l'entreprise familiale.
Après un long moment de silence, Marjolaine et Florence Ferron ont accepté de revenir en détail sur l'un des épisodes les plus douloureux de leur parcours : leur départ de La Maison Lavande, l'entreprise familiale à laquelle elles ont consacré plus de 16 ans de leur vie. C'est dans le cadre du balado Un café avec Judith que les deux entrepreneures se sont livrées avec une franchise désarmante, abordant autant les tensions familiales que les enjeux d'affaires qui ont mené à cette rupture.
Les sœurs Ferron occupaient des postes clés au sein de La Maison Lavande. Florence agissait à titre de directrice générale, tandis que Marjolaine assumait les fonctions de VP communications et chef de marque. Malgré ces responsabilités importantes, aucune des deux ne détenait de parts officielles dans l'entreprise. Elles racontent avoir exprimé à plusieurs reprises le souhait d'acquérir des actions significatives, une demande qui a été mal reçue par leurs parents, les fondateurs de l'entreprise. Ces derniers auraient perçu cette volonté comme une tentative de les écarter, minimisant l'importance des structures légales au nom du caractère familial de l'organisation.
Selon les deux sœurs, un décalage important s'est creusé entre leur vision de l'avenir et celle de leurs parents. Alors qu'elles faisaient évoluer l'entreprise à un rythme soutenu, le retour régulier des fondateurs aux commandes, notamment après des périodes d'absence, provoquait des frictions considérables. La dynamique de travail à quatre est progressivement devenue insoutenable. Florence confie que ce climat l'a rendue malade, tant sur le plan physique que mental. Devant la détérioration de l'état de sa sœur, Marjolaine a compris qu'il fallait agir.
Malgré le recours à des spécialistes externes et différentes tentatives de conciliation, les quatre membres de la famille ont fini par s'asseoir ensemble pour reconnaître que la collaboration n'était plus possible. Ce moment a d'ailleurs été décrit par les sœurs comme un véritable soupir de soulagement. Toutefois, la blessure la plus profonde ne se trouvait pas dans les tensions quotidiennes, mais plutôt dans ce qu'elles ont découvert après leur départ. Elles affirment avoir pris connaissance de certains éléments liés à la structure décisionnelle et à l'actionnariat qui avaient été mis en place sans qu'elles en soient informées, provoquant chez elles un sentiment de trahison et d'injustice particulièrement vif.
Avec le recul, Marjolaine et Florence reconnaissent que l'une de leurs plus grandes erreurs a été de ne pas avoir exigé une convention d'actionnaires claire et de ne pas s'être entourées d'un conseiller indépendant, comme un avocat ou un fiscaliste, pour protéger leurs intérêts dès le départ.
Se reconstruire après la perte d'un rêve
Le départ de La Maison Lavande a été vécu comme un véritable deuil. Les deux sœurs considéraient cette entreprise comme une extension d'elles-mêmes, et la quitter représentait bien plus qu'un simple changement professionnel. Durant la période de transition précédant l'annonce publique, elles se sont senties profondément isolées, coupées de leurs équipes et de leur entourage. Marjolaine admet qu'elle ressent encore aujourd'hui de la douleur en pensant à l'avenir qu'elle avait imaginé pour elle et ses enfants au sein de cette entreprise.
Au fil de la conversation avec Judith Fetzer, les sœurs Ferron ont aussi abordé des épreuves personnelles qui ont façonné leur caractère, notamment le suicide de leur père alors qu'elles étaient enfants. Elles expliquent comment ce traumatisme a influencé leur rapport au deuil, à la résilience et au sentiment d'injustice. La maternité, disent-elles, leur a permis de porter un regard complètement renouvelé sur leur histoire et sur les épreuves qu'elles ont traversées.
Voyez leur confidences ci-dessous:
Aujourd'hui, Marjolaine et Florence ont choisi de canaliser tous ces apprentissages dans leur nouvelle entreprise, Grande Sœur, à travers laquelle elles accompagnent d'autres entrepreneurs confrontés à des défis similaires. Plutôt que de se laisser définir par cette rupture, elles préfèrent miser sur la reconstruction et le partage d'expérience. Une chose est certaine : leur témoignage risque de résonner auprès de nombreuses familles en affaires au Québec.
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À propos de l'auteur
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