L’ancienne amoureuse de Karim Ouellet brise le silence et lui rend un dernier hommage

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Monde de Stars

C’est dans une longue lettre qu’Alice Paquet signe un dernier hommage des plus touchants à son amoureux, Karim Ouellet. Toutes nos pensées vont à Alice, sa soeur Sarahmée, ainsi que la famille et les proches de Karim. 

Voici le message d’Alice : 

« Karim

J'ai pris du temps avant de t'écrire ce mot (cet hommage?) puisque les derniers jours se sont écoulés en apesanteur. Je ne me souvenais plus des détails de notre première rencontre jusqu'à ce que j'ouvre mes vieux cahiers, hier soir. Nous nous sommes rencontrés pour la première fois sur le toit du Complexe Desjardins dans le Quartier des Spectacles. Il a fait chaud pendant toutes les Francofolies, cette année-là. Tu faisais un Di Set. l'ai fait connaissance avec ton sourire quand je t'ai apercu, au loin, derrière le Dj booth. On était gênés. On s'est fait la bise. Ton sourire, tout le monde s'en rappelle. Je t'ai demandé de faire jouer Coeur de Rocker par Julien Clerc. Tu m'as trouvée drôle. Quand le soleil s’est couché et que la soirée tirait à sa fin, tu m'as demandé de t'attendre le temps de chanter une chanson avec une artiste du festival. J'ai vu la magie, du haut de ma tour, pendant que tu chantais. J'ai été témoin de cette symbiose que tu as avec la foule, quand tu chantes. Tu es revenu, calme. On a commandé du vin rouge. On n'était pas obligés de parler parce qu'on savait le faire en souriant. On s'est raconté nos vies quand même. C'est comme ça que ça s'est passé.

On est tombé en amour pendant les quelques jours des Francofolies. On est tombé en amour dans la musique, là d'où tu viens, là où tu vis encore. On s'est aimé avec des trames sonores. Tu étais déçu de ne pas avoir de balcon dans ta chambre. Je m’en rappelle parce que c'est l'une des premières choses que tu m’as dites : tu ne pourrais pas fumer une cigarette avec ton premier café du matin. Cérémonie matinale que nous exécuterons jusqu’à la toute fin de notre histoire. Après, on ne s'est plus quittés. Pas capables. Quand tu n'étais pas en répétition, tu étais avec moi et on parlait, et on parlait. Tu m'emmenais partout avec toi. Un soir de party au bar du Métropolis, dans le bourdonnement de la foule, tu prends ma main comme pour me signifier que tu allais être là jusqu'à la fin. On ne savait pas tellement ce qu'on voulait, mais je pense qu'on s'aimait déjà. Le lendemain, c'était soir de spectacle, le tiens. Tu allais chanter devant 30 000 personnes. Cette journée-là, tu étais calme. Je ne comprenais pas. Tu voulais simplement aller marcher encore autour de la Place des Arts. Il faisait chaud. C'était un peu chaotique. Les gens s'arrêtaient pour prendre des photos. Quand tu sentais que la foule me prenait par le cou, tu prenais ma main.

Coin Sherbrooke et Saint-Denis, on se dit « à plus tard ». Il fallait que tu partes pour te préparer. Je te dis « break a leg ». Tu me réponds « c'est pas au théâtre ça? » Oui, mais break a leg quand même, Karim. Je pensais que j'étais déjà amoureuse de toi. Puis j'ai assisté à ta communion avec la scène. Tu étais là où tu devais être. Quand je suis allée te rejoindre derrière, après, tu m'as tout de suite prise par la main, un rituel déjà établi entre nous. Tu étais vidé. Moi aussi. On rêvait déjà au café du matin, et de la cigarette qui venait avec.

Rapidement, chez-toi est devenu chez-moi. On ne se demandait pas si on faisait les choses dans le bon ordre. On souhaitait la présence de l'autre et on espérait secrètement que ça devienne une évidence. Tes ami.e.s aussi m'ont accueillie, comme toi aussi tu sais si bien le faire. J'imagine qu'ils avaient confiance en toi pour traîner une inconnue comme ça, avec toi, partout. C'est juste qu'on était inséparables. Parmi nos plus beaux souvenirs, il y a le Festif de Baie-Saint-Paul. Tu avais demandé une chambre spéciale où on avait accès à la petite fermette. Tu m'as présenté à tout le monde, comme d'habitude. Je vois encore ton visage quand tu faisais les présentations, ta main qui allait dans ma direction puis dans la leur. Tu me prenais la main, toujours. Tu savais que quelque chose m'habitait en public. Tu savais que j'avais peur que tu aies honte de moi.

Karim était un inestimable allié. En fait, Karim était révolté par toutes les injustices du monde. Toutes. Il se posait beaucoup de questions. Il refléchissait toujours. « Je te l'ai demandé mille fois, où s'en va le monde » Il cherchait à résoudre des énigmes qui sont insensées. Comme les grandes fatalités de la vie, celles que l'on connait toutes, vous et moi. Elles semaient sans cesse le doute dans sa tête. C’était absurde pour lui. Je sais que la musique lui a longtemps permis d'oublier cette révolte qui marquait notre existence. Il savait entrevoir la beauté du monde sur la scène. Sa musique évoquait d’ailleurs cette incohérence qui l'habitait « même au fond de l'océan je peux voir la lune. Comme on s’épuise encore, encore et encore. Ce monde va nous manger tout crus. Nous sommes dans la gueule du loup ».

Les jours où tu n'étais pas en tournée, on se réveillait tard. On aimait dormir. Toujours la même chose. On ne passait à côté de rien. Nos matins sont inoubliables. Ce sont eux qui nous ont aimés. Vers 10h00, on se réveillait. La journée nous attendait, le café nous attendait, le balcon nous attendait, la cigarette aussi. À chaque jour, on allumait la télé à RDI, il y avait toujours les nouvelles en trame de fond. On les écoutait même si elles faisaient mal. Comme pour se rappeler que dans le bonheur, il y a le monde qui continue d'être injuste et il faut s'en rappeler.

« Mais comment te dire le pire reste à venir je ne sais pas si tous mes amis savent qui je suis je ne sais pas si tout est fini je suis tout petit» Après, on avait notre routine. Tu jouais à un jeu vidéo. Je te regardais jouer en te posant des questions parce que je ne comprenais rien. On regardait un film, une série. The Office, ou Get Out qu'on a écouté tellement souvent. On allait marcher. On s'arrêtait n'importe où et pour rien. On faisait des allers retours vers l'Intermarché rue Saint-Joseph. Le soir, on invitait des amis à souper. Tu aimais recevoir. Tu recevais bien. Tu cuisinais bien, avec assurance aussi. Je me rappelle qu'après avoir regardé un épisode de Bob's burger, on avait décidé d'acheter les ingrédients pour cuisiner le hamburger à l'ail noir, comme dans l’émission. Juste parce que ça avait l'air TROP bon.

Tu es un amour qui ne se trouve pas deux fois dans une vie. Dans à peu près tous tes regards, tu aimais. Tu aimais tes amis, tu me le disais souvent. Tu me racontais leurs vies comme on cite un livre qu'on aime vraiment pour convaincre la personne à qui on parle qu'il faut le lire absolument. Un jour, j'ai commencé à te suivre en tournée. Tes amis m'ont accueillie comme tu savais si bien le faire. Marc-André, Heythem, Jessy, Olivier, Guillaume, Claude. Tes musiciens, tes complices, cette famille que tu t’étais tricotée. Il fallait bien te connaître pour graviter autour de toi, je pense. Les personnes que tu laissais entrer dans ta vie, tu les avais choisies méticuleusement. Ils t'entendaient. Tu te sentais compris. C'est précisément ce sentiment que tu cherchais chez les gens. Celui d’être entendu. À chaque show, vous étiez au-dessus des nuages. J'aurais continué toute ma vie à vous regarder et à vous entendre rire. Tu m'as toujours fait comprendre que j’étais chez moi, avec toi.

Depuis que tu nous as quittés, il m'arrive de me retrouver dans un lieu de paix à l'intérieur de moi. Nos souvenirs deviennent mes complices, je souris et je pleure en même temps. Dans ce lieu de paix, tu te poses près de moi et je vois ton visage répondre à ma peine sans dire un mot, comme tu savais si bien le faire. Juste en prenant ma main. Le coeur est la seule destination. Quand on y est, on ne croit plus en rien. Tu redonnais toujours une chance à la beauté du monde. C’est essoufflant, toujours donner des deuxièmes chances. « Comme le ciel est sombre ce matin. Accroupi dans l'ombre, je n'ai plus peur de rien. » J'aimais rire avec toi. l'aimais te faire rire. Une fois, on est allés au Lac- Saint-Jean ensemble voir ma famille. La route pour se rendre au chalet de mon père était plutôt rocambolesque. À un moment donné. tu t’es mis à rire et tu m'as demandé de ralentir, question que l'on arrive sains et saufs. Tu rencontrais une partie de moi insouciante que tu ne connaissais pas. Tu savais me faire réaliser les choses en riant, ce que personne d'autre n'aurait pu faire. Dans ce lieu de paix, je revois tes milliers de chaussettes. Encore un rituel magnifique dont tout le monde autour de toi se rappelle. Tes chaussettes qui allaient avec tes chandails, tes pantalons roulés pour qu'on les voit bien.

Karim, dans ce lieu de paix, je te prends par la main. Je fais l’aller-retour jusqu'à l'Intermarché rue Saint-Joseph avec toi. Je te regarde cuisiner, j'entends la musique de monde nous accompagner (On aimait faire jouer l'application où tu pouvais choisir un pays et une décennie et on s'arrêtait parfois pour prendre en notes les chansons). Je te prends par la main. l'entends ta voix tomber sur mon cœur. l'allume une cigarette que je te tends. Je n'ai pas encore déchiffré ton départ. Nous sommes là, nous continuerons à t'aimer. La vérité est gravée dans ta musique pour l'éternité. Ce qui nous sauve, c'est ta musique.

Bye mon cœur d’amour »