
Il a été condamné ce mardi matin
Le verdict tant attendu est enfin tombé ce mardi matin dans le procès civil opposant l'ancien magnat de l'humour, Gilbert Rozon, à plusieurs femmes qui l'accusaient d'inconduites et d'agressions sexuelles. La juge Chantal Tremblay de la Cour supérieure a tranché en faveur de la majorité des demanderesses, mettant ainsi un terme à une saga judiciaire extrêmement médiatisée qui s'étire sur près d'une décennie.
Un dédommagement de près d'un million de dollars
Poursuivi initialement pour la somme colossale de 14 millions de dollars en dommages-intérêts par un groupe de neuf femmes, le fondateur du Groupe Juste pour rire a finalement été condamné à verser un montant totalisant plus de 880 000 $. Le tribunal a donné raison à huit des neuf plaignantes, rejetant uniquement l'action de Marylena Sicari. Parmi les demanderesses qui recevront une compensation financière figurent la comédienne Patricia Tulasne et la réalisatrice Lyne Charlebois, qui obtiendront chacune la somme de 115 000 $, soit les montants individuels les plus élevés octroyés en dommages. De son côté, Danie Frenette recevra 155 780 $, une somme qui inclut des pertes pécuniaires. Les autres femmes dédommagées, dont les témoignages ont été jugés plus crédibles que la version de l'homme d'affaires de 71 ans, incluent Anne-Marie Charette, Annick Charette, Sophie Moreau, Martine Roy, et Guylaine Courcelles.
Des mots très durs de la part de la juge
Dans un jugement étoffé comptant près de 400 pages, la juge Tremblay n'a pas mâché ses mots à l'endroit de celui qui fut jadis l'une des personnalités les plus influentes de l'industrie du divertissement. Elle a confirmé que les gestes reprochés constituaient bel et bien des « agressions sexuelles », incluant des agressions avec pénétration, du harcèlement et des attouchements commis sur une période allant des années 1980 jusqu'à 2004. La magistrate a d'ailleurs souligné le stratagème de l'accusé en expliquant que « M. Rozon pose des gestes consciemment. [...] Il utilise différents prétextes pour se retrouver seul avec des demanderesses avant de les agresser. Il fait également fi des refus clairement verbalisés ».
Afin de marquer le coup, des dommages punitifs ont été accordés aux huit femmes victorieuses. Comme l'a précisé la juge, « l'aspect dénonciateur des dommages punitifs permet d'envoyer un signal social sans équivoque de réprobation face à de tels comportements ».
Le témoignage troublant d'autres vedettes du milieu
Cette victoire au civil est d'autant plus retentissante qu'elle s'est appuyée sur la théorie des faits similaires, mise en lumière lors de ce procès qui s'est échelonné de décembre 2024 à septembre 2025. Pour donner du poids aux allégations, sept autres femmes ont courageusement témoigné des abus qu'elles auraient subis de la part de l'ex-producteur. Parmi elles, on retrouve des personnalités phares du showbiz québécois telles que l'animatrice Julie Snyder, la comédienne Salomé Corbo, l'animatrice Pénélope McQuade, ainsi que l'ex-conjointe de Rozon, Véronique Moreau.
Il est d'ailleurs pertinent de noter que la semaine dernière, une autre bataille juridique impliquant Gilbert Rozon s'est achevée : la poursuite en diffamation qu'il avait intentée contre Julie Snyder et Pénélope McQuade a pris fin à la suite de l'annonce de la fin des procédures. Les deux animatrices avaient publiquement dénoncé des détails de leurs agressions lors d'une émission en septembre 2020, ce qui avait poussé Rozon à leur réclamer 450 000 $. Par ailleurs, le verdict de ce mardi a également rejeté quatre demandes reconventionnelles en diffamation que l'ex-magnat avait déposées contre certaines des demanderesses au civil.
L'attitude de Rozon et sa ligne de défense
Pendant ce long procès, l'avocat des plaignantes, Me Bruce Johnston, avait qualifié le fondateur de Juste pour rire de « prédateur sexuel » ayant une « conception tordue du consentement » et utilisant un prétexte pour isoler et agresser ses victimes. De son côté, Gilbert Rozon s'est vigoureusement défendu contre ces étiquettes de « prédateur, un traqueur, un violeur », témoignant pendant pas moins de dix jours à la barre pour sa défense. Il avait clamé avoir eu des relations consentantes avec trois des femmes, niant catégoriquement tout contact avec les autres – dont certaines qu'il dit ne pas connaître – et affirmant que ces dernières avaient formé une coalition et étaient animées d'un sentiment de vengeance dans le but de s'enrichir.
Rappelons que dans la foulée de la vague de dénonciations #MoiAussi de 2017, Rozon avait quitté ses fonctions et vendu l'entreprise Juste pour rire qu'il avait fondée. Bien qu'il ait été acquitté au terme d'un procès criminel en raison du doute raisonnable concernant une plainte d'Annick Charette, ces poursuites civiles individuelles viennent raconter une tout autre histoire et clore ce lourd dossier. Il avait d'ailleurs tenté, en vain, de contester la levée de la prescription dans les dossiers de nature sexuelle et la non-pertinence des mythes liés à ces affaires, deux modifications récentes et importantes au Code civil.
À sa dernière apparition en cour en septembre dernier, Rozon avait laissé tomber une réflexion amère qui a fait couler beaucoup d'encre : « C'est une grave erreur dans ma vie de m'être dit : je vais montrer que je ne suis pas coupable. Un chèque aurait tout réglé ». Ce mardi matin, contacté par la presse à la suite du jugement, l'homme d'affaires déchu s'est contenté de déclarer qu'il ne souhaitait émettre « aucun commentaire ».
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