
C'est terminé pour Geneviève Guilbault dans la politique du Québec
C’est un chapitre majeur de l’histoire de la Coalition avenir Québec (CAQ) qui s’apprête à se clore. Geneviève Guilbault, figure de proue du gouvernement depuis huit ans, a décidé de ne pas se lancer dans la course à la succession de François Legault et quittera la vie politique au terme de son mandat actuel. La ministre des Affaires municipales doit officialiser cette décision dimanche, dans sa circonscription de Louis-Hébert, là où tout a commencé pour elle lors d’une élection partielle marquante en 2017.
Bien que Mme Guilbault ait entamé une réflexion sur son avenir au cours des derniers mois, l’annonce de la démission de François Legault la semaine dernière a accéléré le processus. Alors que de nombreux caquistes s’attendaient à ce qu’elle brigue la chefferie du parti, elle a choisi de renoncer et de quitter la vie politique selon de nombreuses sources.
Lors de son annonce dominicale, la politicienne de 43 ans invoquera officiellement des raisons familiales pour expliquer son départ. Mère de deux enfants, âgés de 8 et 6 ans, qu’elle a eus alors qu’elle siégeait déjà à l’Assemblée nationale, elle souhaite être davantage présente pour eux,. Cependant, les coulisses du pouvoir révèlent une réalité politique beaucoup plus complexe qui a lourdement pesé dans la balance.
Le facteur déterminant de ce retrait semble être lié aux retombées du fiasco numérique de la SAAQ. En effet, Geneviève Guilbault a reçu à la mi-décembre un « préavis de mauvaise conduite » de la part de la commission Gallant, qui enquête sur les ratés de la plateforme SAAQclic. Ce préavis, qui visait également des membres de son cabinet, est une procédure formelle indiquant que le rapport final pourrait contenir des blâmes à son endroit.

La crédibilité de la ministre a été mise à rude épreuve devant la commission. Alors qu’elle avait affirmé n’avoir pris connaissance de l’ampleur des dépassements de coûts qu’en 2025, des documents ont démontré qu’elle avait été informée de la situation dès 2023. Le rapport de la vérificatrice générale avait d'ailleurs révélé que la facture du projet avait explosé, passant d'environ 500 millions de dollars à 1,1 milliard. Face à cette situation qui menaçait de plomber une éventuelle candidature à la chefferie, et alors que le rapport du commissaire Denis Gallant est attendu pour le 13 février, la voie vers le sommet semblait obstruée.
Au-delà des enjeux éthiques et administratifs, Geneviève Guilbault faisait face à une fronde interne. Bien que trois députés fussent prêts à appuyer sa candidature, un mouvement « n’importe qui sauf Geneviève Guilbault » s’organisait au sein du caucus,. Plusieurs élus avaient signifié leur intention de lui barrer la route.

Son style de gestion a souvent été pointé du doigt. On rapporte un roulement de personnel anormalement élevé au sein de ses cabinets successifs, la ministre ayant employé cinq chefs de cabinet en seulement deux ans. En privé, certains collègues lui reprochaient une attitude abrasive; ceux qui la contredisaient en subissaient les conséquences. L'ancienne « chouchoute » des médias de Québec avait vu ses relations se détériorer, accumulant les ennemis au sein même de sa formation politique,.
Le parcours de Geneviève Guilbault aura été aussi fulgurant que sa chute. En 2017, enceinte, elle avait accepté de remplacer au pied levé le candidat caquiste dans Louis-Hébert. Sa victoire dans ce château fort libéral avait marqué un tournant décisif, propulsant la CAQ vers le pouvoir l'année suivante. François Legault l’avait alors qualifiée de « nouvelle étoile de la politique ».

Dès 2018, elle devenait vice-première ministre et ministre de la Sécurité publique, gérant des dossiers délicats comme la pandémie ou la réforme de la police,. Reconnue pour ses talents de communicatrice et son intelligence vive, elle donnait l'impression de pouvoir défendre toutes les positions. Toutefois, son passage au ministère des Transports en 2022 a marqué le début de la fin. L'image d'elle justifiant l'abandon du troisième lien avec une pile de cartables, avant de devoir changer de cap lorsque le projet fut ressuscité par le premier ministre, a laissé des traces,.
Finalement, lors du remaniement de septembre 2025, elle a perdu son titre de vice-première ministre et a été mutée aux Affaires municipales, un signe avant-coureur de son déclin politique actuel. Geneviève Guilbault terminera donc son mandat, mais l'étoile qui devait succéder à François Legault s'est consumée avant d'atteindre le sommet
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