
Eve-Marie Lortie révèle ce qui l'a bouleversée le plus lors de sa visite en prison
Eve-Marie Lortie n'est pas du genre à rester dans sa zone de confort. L'animatrice bien connue de Salut Bonjour a vécu une expérience qui l'a profondément marquée cette semaine : elle s'est rendue à l'établissement de détention de Montréal — mieux connu sous le nom de «prison de Bordeaux» — pour y donner une conférence devant une vingtaine d'hommes incarcérés. Ce qui devait être une simple discussion sur le métier de communicatrice s'est transformé en un échange d'une humanité saisissante, ponctué de moments d'émotion brute et de réflexions qui donnent à penser.
Tout a commencé grâce à une amie écrivaine qui avait elle-même pris la parole devant des détenus et qui avait été frappée par leur curiosité et leur ouverture. Intriguée, Eve-Marie Lortie a voulu tenter l'expérience à son tour. En à peine deux jours, l'enseignante de français du centre de formation de la prison l'a contactée pour organiser la rencontre. Au téléphone, cette professeure parlait de ses élèves avec une tendresse et un respect qui ont immédiatement donné envie à l'animatrice d'aller à leur rencontre.
Le jour venu, Eve-Marie Lortie s'est présentée devant l'imposant édifice datant de 1912, laissant derrière elle téléphone et sac à main, n'emportant que ses clés, une pièce d'identité, un cahier et un crayon. En traversant les contrôles de sécurité, elle confie avoir été envahie par des réflexions sur la liberté, les murs, les barreaux et le temps qui s'écoule autrement derrière ceux-ci. Sur le site de Salut Bonjour, l'animatrice dévoile son expérience.
Une fois installée dans une salle de classe équipée d'un tableau vert à l'ancienne, elle s'est retrouvée face à une vingtaine d'hommes aux parcours très différents. Le plus jeune avait à peine 19 ans, tandis que le doyen avait dépassé la soixantaine. Certains purgeaient de courtes peines, d'autres savaient qu'ils en avaient pour longtemps. L'animatrice a serré la main de chacun d'entre eux, recevant en retour des sourires francs et des regards directs. L'ambiance s'est rapidement détendue quand l'un des hommes s'est fait gentiment taquiner par ses camarades pour sa coupe de cheveux toute fraîche : «On se met présentable pour la visite», ont-ils lancé en riant.
Le centre de formation de Bordeaux fonctionne comme une véritable école à l'intérieur des murs. On y offre des cours de français, de mathématiques, d'anglais, de musique, d'arts plastiques, de poterie et même de prévention en toxicologie. L'inscription est entièrement volontaire. Les motivations varient d'un détenu à l'autre, mais tous partagent un désir commun : continuer à apprendre et, comme ils l'admettent eux-mêmes, sortir quelques heures de l'aile où se trouve leur cellule. Mais attention, prévient Eve-Marie Lortie : la professeure les fait travailler sérieusement, il ne s'agit en rien d'une pause récréative.
La majorité des détenus connaissaient déjà l'animatrice. Ils lui ont expliqué que dans leurs aires communes, la télévision diffuse souvent Salut Bonjour dès huit heures du matin. La discussion a naturellement glissé vers le métier d'intervieweuse, les personnalités qui défilent sur le plateau et l'art de bien communiquer. Eve-Marie Lortie leur a notamment expliqué qu'en entrevue, une question brève est souvent bien plus percutante qu'une longue formulation — comme le simple mot «pourquoi?».
C'est à ce moment précis que la rencontre a basculé dans quelque chose de plus profond. Un détenu l'a regardée droit dans les yeux et lui a confié : «Nous aussi, on se la pose souvent cette question... Pourquoi j'ai fait ça? Pourquoi je suis ici? Pourquoi je suis comme je suis?» Un silence lourd de sens a envahi la salle pendant quelques secondes.
Les échanges ont ensuite porté sur la musique, le hockey et les horaires de travail matinaux de l'animatrice. Mais l'émotion n'était jamais très loin. Lorsqu'Eve-Marie Lortie a mentionné un texte qu'elle avait rédigé pendant la période des Fêtes à propos des «Grincheux de Noël», un des participants a voulu en parler, visiblement touché, mais les larmes l'ont rapidement submergé. Le groupe a délicatement changé de sujet.
Un autre moment fort est survenu lorsqu'un homme, silencieux depuis le début de l'après-midi, a finalement pris la parole pour poser une question déstabilisante : accepterait-elle de réaliser une entrevue avec un criminel notoire ayant commis des actes impardonnables? Après réflexion, l'animatrice a répondu qu'elle a toujours voulu entendre toutes les histoires, sachant qu'une histoire en cache souvent une autre, mais qu'il faut d'abord se demander à quoi et à qui servirait une telle entrevue — certainement pas à propager la haine ou la violence. Le jeune homme a acquiescé discrètement.
Avant de quitter la salle, les détenus ont formulé une demande unanime : qu'elle n'oublie pas de mentionner qu'ils sont engagés dans une démarche de cheminement personnel et qu'ils préparent activement leur réinsertion, afin que la société puisse les accueillir en toute sécurité à leur sortie. Ces hommes se sentent mis de côté et savent que porter un dossier criminel est un fardeau considérable. L'école représente pour eux une lueur d'espoir, une possibilité concrète d'améliorer leur avenir.
Ces deux heures passées avec les «p'tits gars» de la professeure de français ont filé à toute vitesse, laissant à Eve-Marie Lortie un souvenir indélébile. Elle a partagé avec ses lecteurs une citation affichée sur les murs du centre de formation, qui résume à elle seule l'esprit de cette rencontre : «C'est notre regard qui enferme souvent les autres dans leurs étroites appartenances et c'est notre regard aussi qui peut les libérer.»
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Cet article pourrait avoir été rédigé à l'aide de certains outils d'IA.