
Un malaise qui se transforme en traque
L'insécurité dans les transports en commun est un sujet qui revient régulièrement dans l'actualité montréalaise, mais il prend une dimension humaine et glaciale lorsque l'une de nos figures publiques en relate l'expérience directe.
L’humoriste et autrice Maude Morissette a récemment brisé le silence sur ses réseaux sociaux pour raconter la soirée d’épouvante qu’elle a vécue dans les entrailles du métro de Montréal, transformant un simple retour de spectacle en une véritable lutte pour sa sécurité.
Elle a d'ailleurs partagé cette histoire à Lagacé le Matin :

Tout a commencé après la première d'un collègue humoriste. Alors qu'elle prenait place dans le wagon, Maude a immédiatement senti le regard pesant d'un inconnu. Malgré une tentative initiale de rationaliser la situation, un réflexe d'autodéfense psychologique fréquent chez les femmes qui ne veulent pas paraître « paranoïaques », son intuition lui criait de rester sur ses gardes. Le malaise est devenu physique lors de son transfert de ligne à la station Berri-UQAM, lorsque l'individu l'a délibérément bousculée.
C’est à ce moment précis que son instinct de survie a pris le dessus. Pour distancer son poursuivant, elle s'est lancée dans une course effrénée, utilisant des tactiques de fuite apprises pour se faufiler entre les usagers et zigzaguer dans les corridors.
Pensant l'avoir semé en sautant de justesse dans son prochain train, le soulagement fut de courte durée : en levant les yeux une fois assise, elle a réalisé avec horreur que l'homme était là, juste en face d'elle. Il avait réussi l'impossible en la rattrapant malgré sa vitesse.
Coincée dans le wagon avec son agresseur psychologique, l'autrice a dû faire preuve d'un calme olympien. Elle a refusé de lui tourner le dos, gardant un contact visuel constant pour éviter toute surprise. Dans sa poche, elle serrait un petit outil de défense, prête à tout pour ne pas devenir une triste statistique de plus.
Le moment le plus tendu est survenu au terminus, alors que le wagon se vidait. L'homme attendait qu'elle sorte pour la suivre dans la station déserte. Dans un bras de fer psychologique, Maude est restée clouée à son siège, forçant l'individu à sortir le premier.
Elle a ensuite marché derrière lui à un pas extrêmement lent, s'assurant de garder le contrôle de la distance. Heureusement, elle a pu interpeller un jeune couple sur le quai, demandant à l'homme de s'interposer physiquement entre elle et le harceleur pour monter les escaliers mécaniques, brisant ainsi le momentum de l'agresseur.

Une fois rentrée chez elle saine et sauve, après une ultime course stratégique dans les rues de son quartier, le contrecoup a été brutal. Au-delà de la peur, c'est un sentiment de culpabilité qui l'a envahie, une réaction tragiquement commune chez les victimes qui s'en veulent de ne pas avoir eu le « réflexe parfait », comme celui de prendre l'individu en photo.
Le témoignage de Maude Morissette dépasse le simple fait divers. Il pose des questions fondamentales et révoltantes sur la réalité quotidienne des femmes :
La charge mentale de la sécurité : Pourquoi les femmes doivent-elles élaborer des stratégies de guerre pour un simple trajet en métro ?
L'éducation à la peur : Pourquoi est-il devenu normal d'enseigner des techniques de combat et de fuite à ses enfants dès leur plus jeune âge ?
Le climat social : Comment expliquer la montée de la misogynie et des violences envers les femmes alors que les féminicides atteignent des sommets inquiétants en ce début d'année ?
Ce récit est un rappel cinglant que, malgré les efforts de surveillance, le sentiment de sécurité reste une illusion pour une grande partie de la population féminine. En partageant ce « cauchemar », Maude Morissette ne cherche pas seulement à évacuer son traumatisme, mais à exiger une prise de conscience collective : le droit de circuler sans crainte ne devrait pas être un privilège, mais une certitude.
Voici son témoignage complet :
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